Grand ensemble des années soixante, la résidence Bernard de Jussieu occupe une situation singulière à Versailles : en lisière de la forêt des Fausses Reposes, à la rencontre des Yvelines et des Hauts-de-Seine. Avec le Château, c’est l’un des ensembles bâtis les plus importants de la ville. Une vingtaine de bâtiments R+4, des barres parallèles au sud, des îlots ouverts au nord, une topographie marquée — et partout, cette architecture de béton armé des Trente Glorieuses dont les modénatures, corniche et rythmes de façade, trahissent un certain sens du détail.
Des îlots, pas un grand ensemble
Plutôt que de traiter la résidence comme un tout indifférencié, le projet identifie des îlots et leur attribue un caractère propre. La composition des façades, les teintes, le traitement des socles et des entrées varient d’un groupe de bâtiments à l’autre — tout en maintenant une cohérence d’ensemble.
Les façades creuses des bâtiments O, P, Q, R, S et T — longues files de loggias et séchoirs orientés vers l’intérieur — sont traitées différemment : une peau de métal déployé, ton aluminium naturel, assume leur horizontalité et filtre les occupations diverses. L’hybridation recherchée s’exprime dans cette opposition : d’un côté la verticalité de la brique qui symbolise le retour à la ville, de l’autre la nappe métallique qui assume le registre domestique.
À Versailles, la minéralité est partout : dans les murs du château, dans le tissu domestique du centre-ville, dans les détails de l’architecture classique. C’est ce matériau que nous avons choisi pour couvrir les nouvelles façades — non par pastiche, mais par hybridation. Les pilastres de brique rythment les corps de bâtiments à la manière d’une rue alignée. Des corniches redécoupent les niveaux. Les tableaux de fenêtres, traités en cadre aluminium sombre, évoquent les hautes fenêtres de l’habitat traditionnel versaillais.




Les halls existants sont d’une exiguïté rare — à peine la surface d’un palier. Le projet en profite pour anticiper sur le réaménagement urbain à venir : une extension d’au moins 1,50 m en pied de bâtiment permet de créer un perron couvert et une jardinière plantée sous les fenêtres du rez-de-chaussée.
Trois typologies d’extension coexistent selon le rapport du bâtiment à son contexte : la minéralité de la brique, là où l’alignement à la voirie est fort ; la légèreté du métal perforé, pour les passerelles franchissant un dévers important ; la naturalité du bois, pour les bâtiments en lien privilégié avec le jardin. Différents de forme, ces halls fonctionnent tous de la même manière — et tous élèvent les entrées à un niveau de qualité identique sur l’ensemble de la résidence.
Huit pignons, huit artistes
Les pignons aveugles de Bernard de Jussieu sont les marqueurs d’une époque. Plutôt que de les peindre d’une teinte neutre, le projet en fait des surfaces d’expression artistique. En hommage au botaniste Bernard de Jussieu et aux pépinières qui occupaient autrefois ce territoire, huit artistes nationaux et internationaux sont invités à intervenir in situ sur le thème de la ville verte et durable. Le dispositif, conçu comme une promenade depuis l’entrée du quartier, est coordonné par Quai 36.
Lieu : Résidence Bernard de Jussieu, Versailles (78)
Maitrise d’ouvrage : Versailles Habitat (OPH)
Budget : 23 M€ HT
Mission : Complète en conception-réhabilitation
Eiffage Construction · entreprise mandataire
Ithaques & les litotes · architecte
Danyel Thiébaud · direction d’études
Clément Marnette · responsable du projet
Vincent Lavergne · architecte
BETOM · bet thermique, amiante
Collectif Quai 36 · art urbain
Réhabilitation de 1 096 logements en site occupé — 22 bâtiments —
ITE
Remplacement des menuiseries
Requalification des halls
Fresques urbaines sur 8 pignons
2017 · lauréats
2018 · lancement des études
2022 · livraison













